Dimanche 17 octobre 2010 7 17 /10 /Oct /2010 18:49

 

 

La journée s'est bien passée entre moi et Regina, mais on a dû mettre les choses au clair dès le matin.  Pour moi, prendre une journée de congé signifie aussi profiter de ma solitude et faire de la méditation.  Elle a trouvé son trou et m'a fichu la paix. 

 

À la fin de la journée, elle m'a fait part de sa décision..  Elle retourne à Santander.  Là, elle avait vu un bateau qui partait pour l'Angleterre et elle avait senti un "feeling" très très fort pour ce bateau qui ne l'a plus quitté depuis.  Elle y repense sans arrêt.  C'est ce bateau qu'elle veut essayer de prendre et finir son périple en Angleterre.  C'est à mon avis la plus belle des décisions.  Parfois la destination qu'on avait d'abord choisie ne nous choisit pas.  Il faut savoir suivre les signes et prendre le bon bateau.. celui qui est fait pour nous.  Je lui souhaite la meilleure des chances.  Je l'aime beaucoup malgré tout ce que j'en ai dit.

 

 

5 oct:  de Poo à Ribadesella, 25km

 

SANY0006.JPGLa journée me sourit, même si mon sac à dos semble plus pesant qu'à l'habitude.  Marianne est retournée chez elle,  Mia a pris de l'avance sur moi,  Regina a changé de chemin.  Me voilà à nouveau seule!   Youppi!  Le ciel est beau, le soleil est haut, la mer est magnifique.  Mon chemin est un joli sentier qui suit la côte toute la matinée.  Je prends une pause près d'un paysage grandiose et en profite pour enfin faire un peu de yoga.  Chose que j'avais l'habitude de faire tous les jours quand j'étais chez moi, mais sur le chemin, c'est devenu presqu'impossible.

 

J'apprécie ma solitude, mon indépendance et mes réflexions.  Enfin, plus personne pour me déconcentrer.  Mais je dois bien admettre à quelques reprises dans la journée que les copines me manquent un peu.  Notre souper entre filles était génial.   Mais le chemin m'emporte et je me ferai bien d'autres ami(e)s.. comme toujours. 

 

..Question de perception

 

Le chemin m'amène à réfléchir sur les différences de perception.  Quand j'étais à Güemes, j'ai rencontré un Français qui s'appelait Michel.  On s'extasiait encore de l'accueil à Guëmes et il m'a dit: "La journée a bien commencé et s'est bien terminé, mais entre les deux, le chemin était ordinaire."  J'étais surprise parce que, moi, j'avais trouvé le chemin SUPER! 

 

Il n'avait pas apprécié la campagne, les collines, les fermes, les vaches et toutes les odeurs qui viennent avec.  Pour ma part, j'adore la campagne, sa tranquilité, la compagnie des animaux et les paysages. 

 

SANY0048.JPGIl dit alors que ça lui rappelait l'élevage intensif qu'on faisait dans son coin de pays.  Je souris et je lui répondit qu'il n'avait pas idée de l'industrialisation de l'agriculture qui se faisait dans mon pays.  Il me dit que les gens devraient arrêter ça.  Je lui dit que j'étais bien d'accord avec lui, mais que le capitalisme avait encore quelques points à marquer avant de s'éteindre complètement.

 

On parla ensuite de notre première journée.  On était partis du même endroit (St-Jean-de-Luz), mais pas à la même date ni aux mêmes heures de la journée.  Il était ravi du paysage de cette étape, le sentier qui suivait la côte.  Moi, je l'avais trouvé ordinaire parce que de l'autre côté, il y avait aussi la route.  Le sentier était pris en sandwich entre la falaise avec vue magnifique sur la mer et la route nationale avec les autos et la pollution.  Je suis pratiquement tombée en bas de ma chaise quand il me dit que la route était à au moins 150m. du sentier.  Dans ma tête à moi, il y avait moins de 20m.  Même que, dans bien des occasions, le sentier se rapprochait de la route à moins de 3m. 

 

Comment pouvait-on avoir deux visions si différentes du même chemin?

 

Je crois que nous voyons tous les choses de façons très très très différentes parfois.  Nous nous servons de tous nos sens pour capter l'information, mais nous comparons cette information avec nos expériences antérieures, nos goûts, nos connaissances, nos désirs, nos attentes, etc.   

 

Dans la même situation, deux êtres humains voient les choses de façons très différentes.  Ce peut être vrai avec tout ce que captent nos sens, les cinq premiers, bien sûr, mais aussi les sixième, septième, huitième et peut-être bien neuvième. 

 

Je pense que l'être humain possède bien plus que 5 sens.  Au delà de ce que notre corps peut capter, il existe aussi les idées, les sentiments, les émotions et tout ce que nous ne trouvons pas de mots pour expliquer.  Ça peut créer des malentendus parfois.  Quand nos opinions divergent de celles de quelqu'un d'autre, il peut être utile de s'arrêter pour essayer de voir la situation du point de vue de l'autre.  Il suffit parfois juste de se déplacer un peu dans l'espace et dans notre tête.  Ce peut être un exercice difficile, mais très grandissant et un bon outil pour résoudre les conflits.

 

 

6 oct:  de Ribadesella à La Isla, 18km

 

Petit matin pluvieux.  La pluie est légère mais constante.  Au fur et à mesure que la journée s'avance, elle se fait plus insistante.  La pluie, ça fatigue plus vite.  Le sac à dos est définitivement plus lourd et il "quante" d'un côté.  Il est mal équilibré, mais sous la pluie, pas question de tout refaire, je l'endure tel quel.  Le chemin est "bouêteux", le paysage est gris.  Comme ce sont des plages qui s'enfilent à la queue leu leu, ça semble être un gros gaspillage.. des paysages qu'on ne reverra plus jamais, mais dont on ne peut profiter.  J'arrive trempée et crevée à l'auberge.  Une bonne tisane chaude et une bonne douche et je me remets vite en état de sourire. 

 

Je rencontre le nouveau groupe de pèlerins:  cinq Français, quatre Espagnoles, trois Polonaises, deux Allemands, deux Nomades, une Néo-Zélandaise et un Luxembourgeois et une souris ve-è-erteeeeeee!!!!!! 

 

Et puis moi, évidemment, la troisième nomade, j'imagine.  Quand on me demande d'où je viens, je réponds du Canada.  Et le Québec viens vite dans la discussion.  Les Québécois sont bien connus sur le Chemin de Compostelle, mieux que le reste des Canadiens.  Mais quand on me demande où je vis, je réponds "ici!" et je tape de mon baton de pèlerine l'endroit sous mes pieds.  Je n'ai plus de maison.  Je n'ai plus de chez-moi.  Mon chez-moi, c'est ici, c'est le Chemin.

 

Le soir, on va tous manger au seul et unique resto-bar, les Français avec les Polonaises, et moi avec tout le reste du monde.  En soirée, je discute avec Michael un des Allemands.  Il me raconte les conseils que sa mère lui donnait quand il était jeune.  Un de ces conseils était qu'on ne devrait jamais coucher avec quelqu'un avec qui on n'a pas l'intention d'entamer une relation.  Je souris et reste perplexe,  je ne sais pas pourquoi mais j'ai l'impression que ce conseil s'adresse un peu à moi, seulement je ne sais pas quoi faire avec.    

 

7 oct:  de La Isla à Villaviciosa, 22km

 

La prochaine auberge est à 16 km, celle d'après sera à 31 km.  Depuis ma journée de 35 km, je redoute toute distance au-delà de 30km.  Je ne me sens pas prête à revivre ça.  Une solution à ce léger problème technique:  dépasser la prochaine auberge jusqu'à la prochaine ville (Villaviciosa, 6km plus loin) et, ainsi, rééquilibrer les distances.  Le Hic!, c'est qu'à Villaviciosa, il n'y a pas d'auberge de pèlerins.  Que des pensions et c'est plus cher.  Une pension à deux pèlerins, ça revient à 15 euros chacuns, mais toute seule, c'est trop cher pour moi. 

 

..Astérix et le(s) Romain(s)

 

En fait, c'est un Luxembourgeois qui s'appelle Romain.  Il parle le luxembourgeois, bien sûr, mais aussi l'allemand et le français.  Le chemin m'amène à marcher avec lui et je lui expose mon problème et mes idées.  Je crois bien que je viens de me trouver un compagnon pour partager ma chambre.

 

On fait d'abord un arrêt à l'auberge de pèlerins pour voir ce que ça a l'air.  Il est 15h00.  C'est au milieu de nulle part.  Aucun restaurant ou épicerie à des km à la ronde.  Même pas moyen de se désennuyer en allant s'acheter un sac de chips au dépanneur.  On fait ni une ni deux et on continue notre chemin jusqu'à Villaviciosa.

 

Je suis quand même un peu nerveuse.  Je ne connais pas beaucoup Romain.  C'est une homme séduisant, mais je ne veux que partager les dépenses et rien d'autre.  J'ai déjà eu l'occasion de partager ma chambre avec des hommes dans des situations semblables auparavant, mais sans qu'il n'y ait d'attirance réciproque.  Cette fois, j'ai l'impression de me promener avec une petite boule de testostérone en rut.  Dangereux!  me dis-je, mais j'imagine que, ça aussi, ça fait partie de l'aventure.  Je me rappelle le conseil de la mère de Michael et maintenant je sais quoi faire avec.

 

 

Bonne chance et bonne nuit. 

 

 

Par MFranceFa9 - Publié dans : hors des sentiers battus - Communauté : Blogueurs du Québec
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Bonjour.

Je m'appelle Marie-France.   Je suis professeur de francisation, éternelle vagabonde, grande amoureuse de la Nature et des voyages.  J'aime sortir des sentiers battus et j'ai une façon assez spéciale d'explorer le monde.  

Je vous propose de visionner mon "roadtrip" en Côte-Nord/Gaspésie et de marcher avec moi sur le Chemin de Compostelle.  Ce sont des voyages extraordinaires que j'ai fait.  J'en ai fait d'autres et j'en ferai d'autres.  Je pars sous peu en Chine enseigner le français à des futurs immigrants québécois.  Je risque d'avoir des choses à dire.  ;-)

 Bonne visite et.. à bientôt.
..MFrance

Grüssgott.

Ich heisse Marie-France.  Ich bin Sprachlehrerin von Quebec, Kanada.  Ich lade Sie ein, um meinen Abenteuer in "Keine da" zu anschauen.  Es ist eine Reise, dass ich in meine eigenen Land in August 2009 gemacht habe,und ich bin wirklich gegangen, wo es keine da bist.    ;-)

 

Ich wünsche Sie einen guten Besuch.

Bis bald.

..MFrance

Hola.

Soy Marie-France de Canada.  Soy profesora de Idioma y me gusta viajar.  Puede usted mirar un viajo que hice in Agosto 2009 in mi pais.  Despuès he hecho el Camino de Santiago (Camino del Norte) y ahora estoy haciendo la vuelta del España y estoy aprendando el español tambien.

 

Buen visita.

..MFrance

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faire l'école buissonnière..

C'est s'engager, un bon matin (comme à tous les matins) sur le chemin de l'école et décider soudainement de ne pas y aller.. de tout simplement changer de cap..  juste pour voir où la vie nous mène.

 

   ... bonne école buissonnière à tous!

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