Lundi 8 mars 2010
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(pour ceux qui n'ont pas encore lu le début de l'histoire, c'est
ici!)
Le lendemain, j'arrive à l'école, prête à tout, préparée pour le pire, droite comme une barre de fer et bien décidée
à reprendre les choses en mains.
Pour me préparer, je n'ai pas essayé de me détendre (bien au contraire), je suis en situation de stress extrême et c'est très bien comme ça. Par contre, je respire.. je fais de
longs exercices de respirations lentes et profondes qui m'aident à puiser l'énergie vitale dont j'ai besoin.
Parmi mes résolutions de la veille, une prime plus que les autres: Ne jamais lever le ton.
Ça faisait partie de mes erreurs premières; quand je mettais un étudiant dehors, je le faisais avec colère. À partir de maintenant, il ne devra plus y avoir de colère, ni de hausse
de ton, ni tout autre démonstration émotive devant eux.
Le hasard fait bien les choses, je rencontre mes deux groupes de sec.3 en première et deuxième période. Je suis prête.
Pour me remonter le moral, ma nouvelle devise, c'est: "Je ne suis pas ici pour me faire aimer, je suis ici pour leur enseigner." Et il faut que ça devienne vrai. Je me suis rendue
à l'évidence que, pour bien réussir ma mission, je n'ai d'autres choix que de jouer la MÉCHANTE, même si ce rôle ne me plaît pas.
Bien droite à l'avant de la classe, je laisse les étudiants s'installer. Dans mes mains, je tiens une feuille de papier.
La deuxième cloche sonne. Le brouhaha est à son plein. Sans élever la voix d'une miette, je demande le silence. Puis j'attends. Ils m'ont à peine entendu avec tout le bruit
qu'ils font, mais je n'ai pas le choix. Il faut que ça marche! Le cours est commencé.
Patiente, je redemande le silence, toujours en respectant le niveau de décibels que je me suis attribué. Ça commence à marcher. Ceux d'en avant disent à ceux d'en arrière de se
taire. Certains lèvent les yeux vers moi et, intrigués par mon regard impassible, s'arrêtent net de parler.
"Finalement, que je me dis avec un petit sourire intérieur, la nouvelle méthode est beaucoup plus efficace que l'ancienne." Je le saurai à l'avenir.
Sur un ton plat, je commence à parler: "Bonjour, j'ai instauré de nouveaux règlements dans la classe. À partir de maintenant, ce sera UN avertissement, ensuite, ce sera le local de
retrait." et je commence à leur lire ma petite liste de règlements.
Après seulement deux ou trois règlements, les complaintes s'élèvent déjà: "On n'a même plus le droit de respirer!" qu'ils chialent.
Qui a parlé sans lever la main? "Un avertissement!"
L'étudiant en question rouspète, s'insurge, se rebelle (sans lever la main, bien sûr.) "Alors, je te demanderais de sortir, S.T.P." et sans plus attendre (écoutant le conseil
de l'étudiante de la veille), je me dirige vers le téléphone de la classe, je compose le numéro du local de retrait et j'annonce l'étudiant.
Pendant la lecture des règlements, j'en sors environ 2 ou 3 qui réagissent. Pas toujours les plus tannants, mais généralement des "leaders", des têtes fortes. Souvent (dans deux cas, au
moins), ce sont les étudiants avec qui je m'entends le mieux. J'ai une belle relation avec eux justement parce qu'ils ont un caractère fort et qu'ils sont positifs, ils
veulent travailler. Ça me fait de la peine de les mettre dehors, mais je suis nettement déterminée à ne pas décider qui je mets à la porte ou non. Ce sont les règlements qui
décident. Pas de chouchoux, pas de privilèges!
Et je me répète sans cesse: "Je ne suis pas ici pour me faire aimer, mais pour leur enseigner."
Ensuite, je passe aux présences.
Avant aujourd'hui, j'avais toujours pris les présences un peu n'importe comment. Le simple fait de vérifier si un étudiant est dans la classe est assez facile à faire. Mais,
pendant qu'on fait ça, on laisse libre cours à toute la classe de placoter et de niaiser en attendant que le prof prennent lui-même la responsabilité de voir s'ils sont bel et
bien présent. Bref, on perd le contrôle.
Sur ma liste de règlements, il y a maintenant: "Silence pendant les présences". Ça implique des présences formelles.
Je lis tout haut le premier nom sur ma liste et j'entends: "Oui".
Et là, sur l'inspiration du moment, je décide tout haut, d'un ton ferme et décidé, voire cassant: "Non, il n'y a pas de "oui", de "chu là" ou n'importe quoi
d'autres, c'est "présent" ou "présente" que je veux entendre et rien d'autre."
"Présent" finit par répondre le principal intéressé.
Je continue mes présences. Certains essaient de me tenir tête.
J'entends: "Chu là". Je lève les yeux. Mon regard se pose sur l'étudiant, droit dans les yeux.
Et d'un ton arrogant: "Ben, tu m'vois, là! Tu vois bien qu'chu là!" Je ne réponds pas. Je reste impassible et je fixe. Je sais que mon regard est
parfois très dur à soutenir. Aujourd'hui, il doit être particulièrement sévère et sans pitié. Après quelques secondes, l'étudiant se trémousse, baisse les yeux et finit
par dire: "présent". J'inscris un "P" sur ma feuille et passe au suivant.
Voyez-vous, aujourd'hui, je n'ai pas le sens de l'humour! Et j'ai la tolérance à -1.
Je sais que j'exagère un peu en les forçant à répondre "présent". Je n'ai d'ailleurs pas l'intention de maintenir cette formalité très très longtemps (deux jours max). Mais c'est un
détail important pour leur montrer que c'est MA classe et que c'est MOI qui décide comment ça se passe.
Voyez mes très chers petits ENFANTS-ROIS qui est le vrai MONARQUE dans cette classe! ;-)
Ensuite, je leur donne un travail individuel à faire pour le reste de la période. Je passe de main levée en main levée pour répondre aux questions et, mis à part, les explications que je
donne à voix feutrée, le reste du cours se passe dans un silence presque parfait.
Je surprends un papier qui voyage. Je le confisque. À la pause, j'aurai le fou-rire en lisant: "Elle exagère quand même, la façon qu'elle a mis untel dehors." "Ben, elle a le
droit. Après tout, ce sont ses règlements à elle!", etc.
Mes règlements ne font certainement pas l'unanimité, mais je sais que l'atmosphère du groupe en bénéficiera et même que, certains des plus tannants m'en ont démontré une profonde satisfaction
(sauf, bien sûr, quand ce sont eux qui se font mettre dehors).
Le lendemain, je répéte les règlements pour ceux qui étaient absents, mais aussi pour ceux qui se sont faits sortir avant d'en entendre la fin.
Les plus tannants réussissent à trouver toutes sortes de p'tits trucs pour déranger la classe sans se faire mettre à la porte. Tousser, péter et se moucher sont les
plus classiques. Comment peut-on mettre un étudiant dehors parce qu'il tousse? Et s'il y en a 5 qui toussent en même temps, lequel met-on dehors? Et quoi de plus
drôle qu'un bon "pet" bien juteux! Ça vous rappelle des souvenirs? Votre secondaire III est-il déjà rendu si loin? :-D
Le reste de la semaine se déroule sensiblement sur le même ton. Je dois en mettre en moyenne 2 dehors à presque tous les cours. Un de
mes "leaders" positifs me taquine: "Mme Marie-France, ils devraient faire poser un "piton EJECT" à côté du tableau, ça vous sauverait du temps." Je continue la blague: "Avec
un p'tit "spring" en dessous de vos chaises, ce serait super efficace". ;-)
Je pense que c'est la première petite blague que je risque avec eux depuis l'épisode de la mutinerie. J'avoue que le sens de l'humour, ça commence à me manquer.
La semaine qui suit est déjà plus agréable. J'en viens même à remercier les étudiants pour avoir été aussi sages pendant tout le cours.
En échange, ils me félicitent de n'avoir presque pas mis personne dehors. On se taquine. On s'aime bien finalement. On apprend à se connaitre.
Mes règlements ne sont pas suivies à la lettre, mais quand ça dépasse les bornes, je reserre les rênes, c'est tout.
Pour la première fois depuis que je travaille à cette école, j'ai l'impression d'ENSEIGNER. C'est souvent seulement en répondant aux questions individuelles, mais il n'y a pas de plus grand
bonheur pour un professeur de donner des explications et de soudainement voir des yeux s'illuminer de compréhension.
C'est ÇA, ENSEIGNER !
Mais c'était trop tôt pour crier victoire!
Trois petites semaines après la fameuse mutinerie, mon groupe 34 (qui est de loin le plus terrible) recommence à faire des siennes. Je dois
reprendre le contrôle de la classe et sévir sévèrement. Ensuite, vers la fin de la semaine, le groupe 35 (le plus docile, mais qui ne laisse pas sa place) recommence lui aussi a vouloir
reprendre du lest. Mais je termine avec eux en dernière période, vendredi avant la semaine de relâche. Je décide de ne
pas me battre avec eux.
On range les bureaux et les livres le long des murs. Je leur déballe ma réserve de charades, rébus, anagrammes, etc. Le premier qui trouve le mot et l'orthographie
correctement au tableau gagne un point pour son équipe. L'indiscipline est à l'honneur. Me v'là grimper sur une chaise pour leur montrer les rébus et leur lire les
charades. La secrétaire de l'école vient chercher un étudiant. Elle jette un oeil horrifié. Le bordel est pogné dans la classe. Pas grave. On a tous le sourire aux
lèvres et le jeu est à son comble.
N'empêche que j'ai quand même dû en mettre deux en punition dans le coin. C'est le seul moyen que j'ai trouvé pour leur éviter le local de retrait et la copie à une demie-heure des
vacances.
Les étudiants me remercient à la fin du cours. Ils ont aimé ça. Moi aussi.
Et enfin, la semaine de relâche. Je suis tombée malade. Une laryngite, à ce qui parait. Ça m'a pris dans la gorge
et ça a duré toute la semaine (c'est pas fini). C'est drôle, parfois, les moyens que ton corps prend pour te dire qu'il en a marre et pour recracher le
méchant.
Bon, lundi matin, 7h00, je repars au combat dans quelques heures à peine. Je pense que je suis bien préparée, mais je suis surtout prête à tout' et préparée pour le pire.
Geronimoooooooooooooooooooooooo!
à suivre... probablement.
Par MFranceFa9
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Publié dans : l'école buissonnière
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Bonsoir, et bienvenue dans la communauté "écriture expériemetnale".
je n'ai pas vraiment eu le temps de m'attarder sur ton blog, du coup, je ne sais pas si le texte que je viens de lire est une fiction, ou une autobiographie. Je sais par contre que c'est le numéro 2 de la série (il me semble, du moins...), et que j'ai allégrement sauté le premier texte, mais c'est pas grave. Maintenant, j'ai hate de savoir ce qu'est cette fameuse mutinerie. ^^
Je me suis inscrite sur "écriture expérimentale" pour partager avec vous des textes qui sont restés longtemps dans mes placards. Ce sont des poèmes que j'ai écrits pour la plupart en 2002. Comme ils ne sont pas récents, j'ai décidé de les insérer en tant que "pages" plutôt qu'articles. Seulement les poèmes récents (puisque j'ai l'intention de me remettre à écrire) seront des articles.
Les poèmes de 2002 seront ajoutés progressivement. Il y en a beaucoup. La plupart valent la peine d'être lus. Très peu ont été publiés.
Je vous remercie de m'accueillir dans votre communauté. J'espère que vous aimerez mes textes.
..MFrance