Samedi 30 octobre 2010 6 30 /10 /Oct /2010 18:36

 

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.. les voyages ..

 

J'ai toujours vu les voyages (ainsi que bien d'autres événements de nos vies) comme étant des occasions (volontaires dans le cas des voyages) d'aller jusqu'au bout de nous-mêmes, histoire d'aller découvrir nos limites.. et même de les dépasser un peu (pas trop quand même, mais juste un peu) pour les repousser un peu plus loin.  

 

Et de voyages en aventures, on avance un peu et on repousse toujours un peu plus loin nos propres limites.

 

C'est comme ça, j'imagine, que l'on devient de meilleures personnes.

 

C'est ainsi que je vois la route vers Finisterre..  comme aller un peu plus loin... au-delà de soi! 

 

 

 

 

 

 

25 oct: de Santiago-de-Compostela à Negreira, 22km

 

SANY0116.JPGAu sortir de Compostelle, le trafic a repris une densité un peu plus normale.  Au fur et à mesure que j'avance, la route s'éclaire un peu devant moi.  Je commence à savoir un peu plus où je m'en vais et comment je vais y aller. 

 

Sans vouloir faire de planifications en bonnes et dûes formes,  je laisse la route me parler et me dire ce qu'elle attend de moi.  Je sais maintenant que je veux passer par Muxía avant d'aller à Finisterre.  Cette idée a pointé dans ma tête aussitôt que Katrin m'a parlé de Muxìa.    Et, en sortant de Compostelle, j'ai décidé (ben oui!  j'ai fait des plans) que j'y reviendrais à pied, sans prendre l'autobus.  

 

À Negreira, je trouve une carte qui me prouve que mon projet est non seulement possible, mais totalement fait pour moi;  le trajet Muxía-Finisterre forme une boucle qui revient sur elle-même.  C'est à pied que je reviendrai à Compostelle. 

 

Et à Negreira, je retrouve, comme par hasard... Romain.  ;-)  On se fait un gros calin et on efface tout.  Le soir, autour d'un verre, on met en quelque sorte les choses au clair.  Il comprend ma façon de penser.  Il suit, d'ailleurs, mon blog avec TRÈS GRAND INTÉRÊT et il a adoré mon article: Fais-moi courir, Romain! On se demande pourquoi!  lol.

 

On revient à l'auberge juste avant l'heure du coucher.

 

 

.. dormi dans le garde-robe.. (Ah! la vie de dortoir!)

 

C'est pas toujours facile de vivre dans les dortoirs.  Il y a des soirs où ça ne me dérange pas du tout, des soirs où c'est assez tranquille.   Par contre, il y a des nuits où ça frise l'enfer.  Cette nuit-là, à Negreira, est digne de mention.

 

Pour ma part, ce ne sont pas les ronfleurs qui m'importunent.  J'ai l'heureux avantage de pouvoir me fermer les oreilles à volonté et m'endormir malgré le bruit.  Par contre, ce qui me dérange, c'est le manque d'oxygène.  Je n'ai rien d'une plante verte et je respire très mal l'oxyde de carbone des autres.  Chez moi, j'ai l'habitude de dormir la fenêtre ouverte même l'hiver.  Dans les dortoirs, c'est parfois un peu compliqué à gérer. 

 

Dès mon arrivée, en après-midi, j'ai bien senti qu'il n'y avait déjà plus d'air dans la chambre.  Une des deux fenêtres était brisée.  Il n'en restait qu'une seule pour 10 dormeurs, qui de plus est, ne s'ouvrait qu'à moitié.  Deux pèlerins étaient déjà en train de faire la sieste et de respirer le peu d'oxygène qui restait.  Ils avaient pris les places près de la fenêtre.  Je devais m'installer plus loin.  Pour courronner le tout, l'oxyde de carbone qui en découlait portait en elle des odeurs de petits pieds et de mauvaises haleines, doux mélange d'un parfum qui, je le savais, n'était pas pour s'améliorer d'ici la fin de la soirée.    

 

Effectivement, à notre retour, l'atmosphère de la pièce était axphysiante.  

 

Pour Romain, ce sont les bruits qui l'empêchent de dormir.  Tous ces petits bruits étrangers qui fourmillent dans les dortoirs font qu'il a rarement dormi une nuit complète depuis le début du voyage, même quand il n'y a pas de ronfleurs. 

 

Mais, là, il y en a.  Quand on s'est avancé dans la chambre pour y trouver nos lits, c'est un vrai concert qu'on y a entendu.  Non seulement il y avait plusieurs ronfleurs, mais un d'entre eux était un véritable ténor-soprano.  Il ronflait si fort qu'on aurait pu croire que la chambre se soulevait d'elle-même à chacune de ses respirations. 

 

Romain, au désespoir, a ramassé ses affaires et est descendu illico dans la salle communautaire au rez-de-chaussée.  Pour ma part, je suis restée presqu'une heure dans la pièce à suffoquer, puis je me suis résignée à aller dormir sur le sol.

 

En descendant les escaliers, j'ai découvert avec horreur que les lumières de la salle communautaire s'allumaient automatiquement avec un détecteur de mouvement.  Mon arrivée venait de les faire allumer pour les 10 prochaines minutes.  N'ayant aucune envie de partager mon plancher (ni l'éclairage) avec les deux autres personnes qui s'y trouvaient, j'ai trouvé un petit vestibule (un garde-robe pratiquement vide avec deux portes coulissante) juste assez grand pour une personne.  En fermant la porte, j'échappais à l'éclairage maudit et gardais ma liberté de mouvement.  Dans la salle communautaire, les deux dormeurs (dont je croyais l'un d'entre eux être Romain) étaient condamnés à dormir dans l'immobilité la plus totale.  Le moindre mouvement de l'un d'entre eux faisait s'illuminer la pièce.  Pauvres eux autres!

 

Le lendemain, j'appris que Romain n'avais pas dormi dans la salle, mais carrément dehors, engoufré dans un amoncellement de couvertures.  Apparemment, il n'avait pas eu froid, mais il admettait la nuit avoir été un brin humide.  Et même si les aboiements de chiens avaient remplacé les ronflements, il avait au moins bénéficié d'un oxygène de première qualité, assister à un ciel formidablement étoilé et même vu passer quelques étoiles filantes.

 

 

 

26 oct:  de Negreira à Oliveiroa, 30 km

 

 

Comme le premier café se situait à 8km de notre auberge, on a décidé de faire ce trajet ensemble pour aller prendre notre "Café con Leche" traditionnel.  Partis bien avant que le soleil ne se lève, on s'est engoufré dans la forêt si noire que l'on devinait le sentier plutôt qu'on ne le voyait.  C'est toujours dans ces moments que je découvre avec bonheur à quel point Romain est un excellent compagnon de voyage.  Appréciant ces moments nocturnes autant que moi, nous nous suivons sur les sentiers en toute complicité et dans le respect complet du silence et de l'obscurité.   Ce n'est que sur la route que Romain allume sa lampe frontale pour permettre aux voitures de nous voir.  

 

SANY0134-copie-1.JPGAprès le café, on se met d'accord pour prendre chacun notre rythme et on laisse le chemin nous séparer.  Romain, marchant beaucoup plus vite que moi et prenant beaucoup moins de pauses, arrive généralement quelques heures avant moi à l'auberge.

 

À mon arrivée à l'auberge, je le trouve beaucoup plus indépendant que d'habitude.  Non seulement, les leçons apprises sur mon blog commencent à rentrer, mais le manque de sommeil de la veille le prédispose à une certaine indifférence auquelle je ne suis pas habituée.  Ça pique ma curiosité et ça me donne le goût de "courir" un peu.  Je m'invite doucement à sa table.  Je deviens mieleuse.  Est-ce qu'il veut ma compagnie?  Oui, bien sûr.  On passe une belle soirée ensemble.

 

J'expose une fois de plus mes projets de passer par Muxìa avant d'aller à Finisterre.  Je sais que le chemin de Romain, lui, va directement à Finisterre, sans passer par Muxìa.  Je le sais parce que Romain n'a jamais été véritablement intéressé par Muxìa.   Ça pourrait devenir un extra, mais son trajet se dirige d'abord vers Finisterre.  Muxìa, c'est MON chemin À MOI!  Et je compte bien y passer des vacances.. toute seule. 

 

Bien sûr, j'espère revoir Romain avant la fin de son voyage, mais ça nous laisse 3 jours pour se partager 2 villes en bout de ligne.  Moi, j'y crois!  Je crois qu'on peut se retrouver et finir ce chemin en beauté.  En plus de mes vacances, c'est aussi un p'tit défi que je lance à la vie.  J'aime bien jouer avec elle un peu.

 

Mais Romain n'a pas l'habitude de croire en ce genre de chose.  En soirée, alors que quelqu'un lui demande où il va, il prend ma tactique et dit qu'il décidera quand les chemins se sépareront (à la dernière minute).  Je panique!  Je crois qu'il veut me suivre.  Et c'est d'ailleurs probablement le cas.  Une petite insécurité de dernière minute.  Moi, je m'insurge et me fâche un peu.  Je me sens coincée et j'ai peur qu'il me gâche ma journée de congé à Muxìa.  Je me dépêche d'aller me coucher plutôt que de me laisser emporter par la colère.

 

De plus, en allant sur Internet, ce soir-là, je reçois un courriel de Kayus.  Celui-là même dont je croyais avoir rediriger tous les couriels directement vers la corbeille.  Je crois bien que j'ai négligé un Pardon important à St-Jacques.  

 

 

 

27 oct:  de Oliveiroa à Muxìa, 30 km

 

Je passe par le Café pour mon "Café con Leche".  Bien sûr, Romain y est.  Je décide de jouer le tout pour le tout pour gagner ma solitude et ma journée de congé.  Je boude odieusement.  Je le regarde à peine.  Je m'assois une table plus loin (encore plus loin n'existait pas).  Je tourne ma chaise pour éviter de lui faire face et regarde attentivement les nouvelles du sport à la télévision, ce qui, tout le monde le sait, ne m'intéresse pas le moins du monde.

 

On partira chacun notre tour et (je l'espère), chacun notre chemin.  Le chemin vers Muxìa sera long et un peu pénible.  Je traîne ma tristesse avec moi.  C'est un peu lourd.  Mes réflexions aussi.  Le calin à Jacquot n'était qu'une promesse et je ne suis pas arrivée au bout de mes peines.

 

C'est bien beau me pardonner à moi-même, mais tout ça, ce ne sont que des belles et grandes phrases.  Le fait est que je n'ai pas de réelle colère envers moi-même, c'était donc assez facile à pardonner.  Le plus difficile, je l'avais rapidement esquivé, pensant m'en sortir avec de la philosophie de grands chemins.

 

 

rappel de l'article: En quête d'humilité!

 

"Romain, définitivement mâle.  Sans être dépendant affectif, il en présente parfois quelques comportements qui me rappellent des souvenirs et me ramènent en arrière, comme pour me dire que tout n'est pas vaincu, tout n'est pas encore guéri. 

 

Et voià ce que dit Colette au sujet du Pardon: 

 

"Le cycle des souffrances répétitives ne guérit que grâce au Pardon [...] 

Quand nous négligeons de pardonner, les mêmes blessures trouvent de nouveaux

moyens de se manifester dans notre vie, de façon répétitive [...] "

                                      - Colette Baron-Reid,  Mémoires de demain  "

 

 

SANY0183.JPGJe me rends compte que le Pardon, c'est d'abord atténuer la colère et la peur qui dorment au fond de moi.  Il est inutile de me pardonner à moi-même, si ma colère se dirige vers quelqu'un d'autre.  C'est à ce quelqu'un d'autre que je dois pardonner.  Et ce quelqu'un d'autre, bien que je l'aime du fin fond de mon coeur, a, à mon avis, bien des torts à mon égard.

 

Pardonner, c'est difficile.  Les cicatrices sont encore fraîches et sensibles.  Elles auraient pu guérir tranquillement puisqu'on est séparé depuis plus d'un an et demi, mais voilà, il ne m'a pas laissé tranquille depuis tout ce temps.  Il me harcèle et me hante constamment.  J'ai beau l'ignorer, lui demander gentiment ou exiger, crier haut et fort qu'il me fiche la paix, il revient toujours à la charge.  Mon ex est dépendant affectif.

 

Pardonner, c'est accepter les gens tels qu'ils sont avec leurs maladies, leurs dépendances et leur entêtement.  Sans peur et sans colère et sans condition.  À partir du moment où on ajoute: "oui, mais ne recommence plus!", le pardon n'est pas complet.  Pardonner, c'est très difficile.

 

Mais, voilà!  Je veux bien essayer.  Je crois même que j'ai déjà commencé intérieurement, puisque, en voyant le courriel, hier, je n'ai pas ressenti le sentiment d'horreur habituel quand je sens qu'il me poursuit.  Une simple indifférence.  Un courriel de plus dans ma boite aux lettres.

 

Je cherche dans les options de mon boite aux lettres pour comprendre comment ce courriel est apparu dans ma boite de réception.  L'option permettant de filtrer directement dans la corbeille est temporairement hors d'usage pour des raisons obscures.  Dans ma tête à moi, rien n'arrive jamais pour rien dans la vie.  Il me faudra apprendre à pardonner.

 

Et tout ce Camino me semble une gigantesque allégorie de ma propre vie.  D'ailleurs, Kayus Bonus n'était-il pas un empereur "Romain"?    LOL.  je me tords de rire!

 

Dès le lendemain, je réponds timidement à son courriel qui demande de mes nouvelles:  "Ça va bien."

 

C'est déjà quelque chose.

 

J'imagine qu'au-delà de moi, il y a... le Pardon. C'est juste un peu plus loin que mes limites habituelles.  Encore possible à atteindre, mais difficile à réussir.  Il me faudra y aller et en revenir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par MFranceFa9 - Publié dans : hors des sentiers battus - Communauté : Blogueurs du Québec
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C'est moi! Ich bin's!

  • Petite Marie de par le vaste Monde
  • : Les voyages et les réflexions d'une Québécoise un peu flyée.
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Bonjour.

Je m'appelle Marie-France.   Je suis professeur de francisation, éternelle vagabonde, grande amoureuse de la Nature et des voyages.  J'aime sortir des sentiers battus et j'ai une façon assez spéciale d'explorer le monde.  

Je vous propose de visionner mon "roadtrip" en Côte-Nord/Gaspésie et de marcher avec moi sur le Chemin de Compostelle.  Ce sont des voyages extraordinaires que j'ai fait.  J'en ai fait d'autres et j'en ferai d'autres.  Je pars sous peu en Chine enseigner le français à des futurs immigrants québécois.  Je risque d'avoir des choses à dire.  ;-)

 Bonne visite et.. à bientôt.
..MFrance

Grüssgott.

Ich heisse Marie-France.  Ich bin Sprachlehrerin von Quebec, Kanada.  Ich lade Sie ein, um meinen Abenteuer in "Keine da" zu anschauen.  Es ist eine Reise, dass ich in meine eigenen Land in August 2009 gemacht habe,und ich bin wirklich gegangen, wo es keine da bist.    ;-)

 

Ich wünsche Sie einen guten Besuch.

Bis bald.

..MFrance

Hola.

Soy Marie-France de Canada.  Soy profesora de Idioma y me gusta viajar.  Puede usted mirar un viajo que hice in Agosto 2009 in mi pais.  Despuès he hecho el Camino de Santiago (Camino del Norte) y ahora estoy haciendo la vuelta del España y estoy aprendando el español tambien.

 

Buen visita.

..MFrance

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faire l'école buissonnière..

C'est s'engager, un bon matin (comme à tous les matins) sur le chemin de l'école et décider soudainement de ne pas y aller.. de tout simplement changer de cap..  juste pour voir où la vie nous mène.

 

   ... bonne école buissonnière à tous!

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