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Finisterre signifie "la
fin des terres".
C'est, à ce qu'il parait, le point le plus avancé dans la mer sur tout le continent européen. À l'époque des premiers pèlerinages, bien avant que Colomb ne découvre notre continent, c'était aussi la fin des terres connues..
le bout du monde, quoi!
30 oct: Finisterre, 0km, jour de congé
Pour Romain, c'est le retour à la maison. Il prend l'autobus pour Santiago, ce matin. Demain matin, il prend un avion qui le ramène à la maison. Il tente un peu faiblement de me convaincre de prendre l'autobus avec lui pour ne pas être seule à Compostelle. Non merci! J'ai décidé de marcher. Plus tard, il avoue qu'il aimerais bien aussi pouvoir repartir en marchant. Je le comprends. Je trouve ça triste un voyage qui aura été aussi intense en énergie et qui s'arrête aussi abruptement.
On déjeune ensemble. Il est un peu morose. Moi aussi. Je vais le reconduire au terminus.
Gros calin. Bye Bye.
Et je reste seule.
Seule..
Il me semble que c'est ça que je voulais, non?
Tout ce temps à rechercher ma solitude, pourquoi donc est-ce que je ne saute pas dans les airs?
Seule et triste à Finisterre.
Toute la journée, je traîne ma solitude comme une misère.
Je passe un peu de temps sur mon blog, mais c'est pour tromper l'ennui. Le coeur n'y est pas.
Je me suis trouvée une petite pension très bien et très peu chère. Question qualité-prix, c'est génial. 10euros. C'est un appartement neuf, moderne et extra-propre. Même ma mère y habiterait (et ce n'est pas peu dire.. Ma mère ne dormirait pas n'importe où). Je retourne à la pension et me fait à souper toute seule, puis je prends un bon bain chaud. Ça, ça faisait vraiment longtemps! :-) Malgré tout ça, je tourne en rond dans ma tête et je me sens lourde et triste.
31 oct: 10km à pied et... retour en autobus!!
J'avais décidé (ou planifié?) de rester deux nuits à Finisterre. Voilà! Mes deux nuits sont terminées. Alors je pacte mes p'tits et je m'en vais. Je retourne au même café où on a pris notre déjeuner hier, Romain et moi. Je bois mon café en regardant les autres pèlerins joyeux placoter. Moi, j'ai plutôt l'air bête et les yeux dans la graisse de "bine".
Je contemple les plans que j'ai fais pour les prochains jours. Je veux retourner à Compostelle à pied et ensuite prendre le Camino Portugès à l'envers. Je veux descendre dans le sud de l'Espagne et je veux profiter de mon statut de pèlerine pour dormir dans les auberges de pèlerins le long du trajet. Je ne sais pas encore si je vais toujours prendre l'autobus ou en marcher des parties. Le simple fait d'avoir mon crédential me donne accès à ces auberges. Je n'ai pas besoin de toujours marcher.
Comme à chaque fois qu'on se sent triste, il me semble que la tristesse ne s'en ira jamais. Je sais que ce n'est qu'une illusion, la tristesse s'en va toujours, mais j'ai l'impression qu'elle s'est collée après moi, incrustée.
Je me rends compte aussi que faire des trajets à l'envers ne me donnera plus l'occasion de créer des liens et des amitiés durables comme j'ai pu le faire tout au long du camino. J'irai à l'envers de tout le monde. Je vais les croiser et ne plus jamais les revoir. Ça me rend encore plus triste. J'ai soudainement l'impression que je ne me ferai plus jamais d'amis. Je sais bien.. jamais est un bien grand mot, mais quand on est triste, on est triste.
J'étais misérablement en train de ruminer ce genre de réflexions quand la porte du café s'ouvre derrière moi. Je me retourne un peu machinalement et je vois le grand sourire de Charissa qui passe la porte comme un beau rayon de soleil.
Y a pas à dire, cette fille arrive toujours dans ma vie comme une belle surprise.
Elle se commande à déjeuner pendant que je lui répète au moins trois fois à quel point je suis contente de la voir. Je sens un peu mon coeur s'alléger. Elle est arrivée comme une réponse à mes questions. Comme un p'tit message qui disait: "Ben, voyons donc, Marie! Des ami(e)s, il va toujours y en avoir!" Je le sais, mais je sais pas pourquoi, j'ai eu peur.
Charissa a ramené mon certificat de Muxìa. Je l'avais laissé sur la table de la pension. C'est un deuxième certificat qu'on m'a donné en arrivant à Muxìa et il m'avait paru moins important que l'autre alors je l'avais laissé.
Je lui expose mes plans de rentrer à Compostelle à pied. Elle rentre demain en autobus. On finit notre déjeuner et je pars. Elle attend que l'auberge de Paz ouvre ses portes.
Je marche tristement sous un ciel aussi triste que moi. Même que, lui, il pleure parfois.
Et voilà que je me mets à capoter pour un sceau dans mon crédential. Si vous saviez comme je me suis toujours foutu de ces sceaux dans mon crédential. Certains pèlerins les collectionnent pationnément. Plus on en a, plus on est un bon pèlerin. Le crédential est un espèce de petit passe-port dans lequel chaque auberge où l'on dort appose une étampe. On peut aussi faire étamper son crédential dans certains bars, cafés, églises et même parfois juste... sur le chemin.
Les sceaux attestent des endroits où l'on est passé et les dates attestent de la vitesse à laquelle on se déplace. Pour obtenir un certificat de Compostelle, un pèlerin doit prouver qu'il a MARCHÉ les 100 derniers km. Pour ce faire, il doit avoir au minimum 2 sceaux par jour s'il n'a fait que ce minimum. Pour ma part, quand la fille de Compostelle a regardé mes deux crédentials bien remplis, elle a regardé les dates de départ et m'a juste demandé si j'avais tout marché. J'ai dis fièrement "oui". J'avais la plupart du temps un seul sceau par jour, celui de l'auberge.
Mais, là, j'ai déjà eu mon certificat de Compostelle et je n'ai vraiment plus rien à prouver à personne. Alors, fouillez-moi pourquoi le sceau manquant de Finisterre est devenu tellement important dans ma tête. En plus, j'en avais un puisque la veille, j'étais allée prendre un café et réalisant que la pension où j'étais ne m'avais pas "punché" mon crédential, je leur en demandé un, histoire d'avoir une petite preuve de mon passage à Finisterre.
Là, je suis à environ 8km de Finisterre et, pour une raison obscure, avoir un sceau (pour un logement) à Finisterre me semble d'une importance primordiale. J'ai beau me dire que c'est des foutaises. Pas moyen de me calmer l'esprit. Mais je sais aussi qu'il y a anguille sous roche. Il y a une raison pour laquelle je tiens à retourner à Finisterre et ce stupide sceau est sûrement juste une excuse. Peut-être était-ce pour Charissa. Peut-être avions-nous quelque chose à apprendre l'une de l'autre. Peut-être y avait-il une autre raison. Mais, je ne le saurai seulement que... si j'y retourne.
De plus, je suis perplexe face au "Camino". J'avais cru que le Camino se continuerait tout doucement dans mon cas, puisque je n'avais aucun avion à prendre. Mais je me rends compte que mon "camino", comme celui des autres, s'est brusquement arrêté avec le départ de Romain et je ne sais plus comment continuer.
Je décide de marcher jusqu'au prochain village et de m'informer pour les autobus. Si un autobus retourne à Finisterre dans un délai raisonnable, je le prendrai. Sinon, je poursuis mon chemin. De toute façon, mon p'tit doigt me dit qu'il y aura un bus.
Prochain village. J'entre dans le bar qu'on me désigne comme étant le terminus. On me pointe le tableaux des horaires. Deux hommes essaient de m'aider à décortiquer tout ce charabia. Ils semblent encore plus confus que moi. Le problème, c'est qu'on est dimanche et le tableau est difficile à comprendre. Soudain, un des hommes s'écrit qu'il y a bel et bien un autobus et qu'il doit passer sous peu. Je dois sortir sur le trottoir devant le bar pour l'attendre.
J'ouvre la porte. Je mets le pied sur le trottoir et, avec un "timing" digne des plus grands films de Hollywood, un gigantesque véhicule s'immobilise devant moi et la portière s'ouvre. Je n'en crois pas mes yeux. J'arrive pour monter, le chauffeur me fait signe de mettre mon sac à dos dans le porte-bagages. Je largue sac à dos et bâton et reviens prendre ma place dans l'autobus en payant le 1.30 euro réglementaire.
Quand l'autobus se met en marche, j'ai immédiatement un p'tit "feeling": Wooowww! ça roule! que je me suis dis. Ça faisait longtemps que je n'étais pas monté dans un véhicule roulant. :-) Presque deux mois.
En arrivant à Finisterre, je sais exactement où je veux dormir. Même si Charissa est à l'auberge du Paz. Même si ma p'tite pension n'était pas chère. Je m'en vais d'instinct à l'auberge do Sol et do Lùa. Je passais devant pour aller à ma pension et ça me semblait une auberge chaleureuse et sympathique et c'est exactement ce que j'avais besoin. Je voulais retourner dormir en dortoir, avec les autres pèlerins. J'en avais marre d'être en vacances et toute seule dans une pension. Je voulais retrouver le contact et l'énergie des autres pèlerins. J'avais besoin de chaleur.
Auberge do Sol et do Lùa.. un deuxième Güemes.
Auberge chaleureuse et sympathique, c'était peu dire. La première pièce que je vois dans l'auberge est couverte de tapis et de coussins, une bibliothèque pleine de livres et de la musique relaxante. Les dortoirs sont propres et les couleurs (orange et bleu) ensoleillent cette petite journée pluvieuse. Seulement 6 lits par dortoir. Une cuisine communautaire et une salle d'ordinateur avec un grand divan et une guitare. 10euros. Même prix que ma pension, mais c'est ici que j'ai besoin. "L'hospitalera" m'explique que si je veux participer à un souper communautaire, tout ce que j'ai à faire, c'est écrire mon nom sur la liste et fournir une contribution volontaire.
J'envois un courriel à Charissa pour lui annoncer mon retour. Est-ce qu'elle est partante pour un café?
En attendant qu'elle réponde, je vais dans la salle de lecture. La musique est relaxante. Peu à peu, je fais connaissance avec les autres pèlerins. La plupart vont souper ici. Ça me tente aussi.. j'inscris mon nom. Je passe l'après-midi dans cet atmosphère relaxant.
Charissa répond et on se donne rendez-vous. On a de bonnes conversations intérressantes. Si on avait des choses à se dire, c'est peut-être bien fait.
Elle est toute seule à son auberge (aucun autre
pèlerin).. ça arrive! Je l'invite à souper avec nous. À l'auberge, elle est accueillie chaleureusement par tout le monde. On mange tous ensemble assis par terre, sur des
coussins. La nappe est déposée à même le sol et les plats (végétariens) sont délicieux.
Avant de souper, on fait un échange d'énergie, chacun prend le temps de remercier ou de dire un message.
À la fin de la soirée, je suis revigorée d'énergie. Je vais m'assoir sur le divan pour attendre mon tour pour un ordinateur. Sur le mur du fond, je vois une banderolle : INFINISTERRE.
Plus loin, écrit à même le mur : LE CAMINO INFINI.
Oui, c'est ça.. la vie continue et le chemin aussi.
Maintenant, je suis prête à continuer.
Même si le sceau de l'auberge do Sol et Lùa était ben ben cute dans mon crédential, je pense qu'il y avait au moins mille et une raison pour lesquelles j'ai eu raison de revenir à Finisterre. Comme quoi, dans la vie, il faut toujours écouter ce que nous dit notre coeur... même si ça nous semble stupide à première vue!
Je m'appelle Marie-France. Je suis professeur de francisation, éternelle vagabonde, grande amoureuse de la Nature et des voyages. J'aime sortir des sentiers battus et j'ai une
façon assez spéciale d'explorer le monde.
Je vous propose de visionner mon "roadtrip" en Côte-Nord/Gaspésie et de marcher avec moi sur le Chemin de Compostelle. Ce sont des voyages extraordinaires que j'ai fait.
J'en ai fait d'autres et j'en ferai d'autres. Je pars sous peu en Chine enseigner le français à des futurs immigrants québécois. Je risque d'avoir des choses à dire. ;-)
Bonne visite et.. à bientôt.
..MFrance
Ich heisse Marie-France. Ich bin Sprachlehrerin von Quebec, Kanada. Ich lade Sie ein, um meinen Abenteuer in "Keine da" zu anschauen. Es ist eine Reise, dass ich in meine eigenen Land in August 2009 gemacht habe,und ich bin wirklich gegangen, wo es keine da bist. ;-)
Ich wünsche Sie einen guten Besuch.
Bis bald.
..MFrance
Soy Marie-France de Canada. Soy profesora de Idioma y me gusta viajar. Puede usted mirar un viajo que hice in Agosto 2009 in mi pais. Despuès he hecho el Camino de Santiago (Camino del Norte) y ahora estoy haciendo la vuelta del España y estoy aprendando el español tambien.
Buen visita.
..MFrance
C'est s'engager, un bon matin (comme à tous les matins) sur le chemin de l'école et décider soudainement de ne pas y aller.. de tout simplement changer de cap.. juste pour voir où la vie nous mène.
... bonne école buissonnière à tous!
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