Vendredi 22 octobre 2010 5 22 /10 /Oct /2010 18:57

 

 

21 oct:  de Baamonde à Sobrado dos Monxes, 41km

 

 

Moi, tant que je ne suis pas rendue à la rivière, je ne traverse pas le pont.  Je n'aime pas prendre les décisions trop longtemps à l'avance.  Je n'aime pas trop planifier.  La raison est que des plans, ça se déplanifie tout le temps, alors à quoi bon?!

 

Romain, lui, ça fait 15 fois qu'il se décide et ça fait 15 fois qu'il change d'idée.  Au café, avant de prendre la route, un groupe amis pèlerins nous demande où nous allons dormir ce soir.  Romain répond immédiatement "Miraz".  Ah, bon..  hier c'était Sobrado et la fois d'avant, c'était encore Miraz.   Il n'est même plus crédible.

 

Ça devrait me rassurer qu'il prenne ses propres décisions, mais je trouve ça drôle.  On est parti pour faire la route ensemble et on est parti pour prendre nos décisions ensemble.  Il me semble qu'on veut dormir à la même place, ce soir.  Alors, ça me concerne aussi cette décision.  Je réponds à mon tour que Je n'en ai pas la moindre idée.  Je verrai quand je serai rendue à Miraz. 

 

Aujourd'hui, c'est soit 16 ou 41km.  16, c'est un p'tit "cookie", comme dit Romain.  À 12h30, on est arrivé et on s'emmerde dans un trou pourri.  Mais la journée s'annonce belle, je suis en forme.  J'aimerais bien m'essayer pour les 41.

 

SANY0162.JPGAprès le café, on prend la route.  C'est un joli petit matin brumeux, mais le soleil ne demande qu'à percer au travers.  La température n'est ni trop froide, ni trop chaude.  Et pourtant..  au bout d'à peine 1km., pour une raison complètement stupide et pas rapport, Romain se met subitement à me tomber sur les nerfs.  Je deviens impatiente.  Je lui fais "wouch wouch" de la main.  Allez, marche en avant, pis "achale-moi pas".  Il rouspète et on se chamaille un peu.  Mais je le laisse prendre de l'avance.  Je ralentis, même que j'arrête un peu.  J'ajuste mon sac à dos, je branle dans le manche, je le laisse aller. 

 

Le paysage est de mon bord.  On entre dans un sentier qui sillonne la forêt.  À ma droite, une jolie rivière.  Droit devant, Romain prend une courbe qui nous fait nous perdre de vue.  Je m'assois près de la rivière et déjeune.

 

SANY0161.JPGMais qu'est-ce qui peut bien me pousser, à tout bout d'champs, à sacrer les gens en dehors de ma vie à grands coups d'pied au c..?    C'est pas normal!   Je pense que j'ai encore quelques problèmes d'humilité.

 

Qu'importe!  Je le laisse prendre une avance considérable, puis je reprends mon chemin.  Je passe devant une forêt hantée.  Je n'ai pas vu de sorcières, mais des toiles d'araignées superbes dans le matin brumeux.  Ça me fait penser à l'Halloween qui approche dans mon pays.

 

 

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Je prends une autre pause Grand déjeuner.  Ça, c'est juste après le moyen déjeuner, avant le petit dîner.  ;-)   Je mange tout le temps.  Je "kicke" mes bottes, je m'assois et je bouffe.  Ça me fait reprendre des énergies.  Sur la route, on en a toujours de besoin.

 

Sur le chemin, je découvre un petit café Internet totalement inattendu.  Je suis particulièrement heureuse de ne pas encore être tombée sur Romain.  Je me sens au paradis.  Je sais que ce n'est pas très raisonnable de faire une heure et demi d'Internet en pleine avant-midi quand on se prépare à faire (possiblement) 41 km, mais je vous rappelle que je n'ai pas encore pris de décision et, de toute façon, je ne suis pas une fille raisonnable.  Moi, je prends la vie comme elle se présente à moi, et pour le moment, c'est Internet qui se présente.  Je prends un "break" et j'écris "Humble pélerine!"

 

.. Fais-moi courir, Romain!

 

Ça nous laisse un écart gigantesque.  Je suis bien.  J'ai la paix.   Et je pense..  qu'est-ce que je fais si Romain m'attend à Miraz?  Je pense que ça me donnerait le goût de me pousser de lui et de courir jusqu'à Sobrado.  J'ai horreur que les gens s'agglutinent à moi comme des sangsues.  S'il m'attend pour calquer sa décision sur moi, ça m'écoeure.

 

Et qu'est-ce que je ferais s'il était parti sans m'attendre?  Ah oui!  Je pense que je serais tellement heureuse que je me lancerais à sa suite.  Fais-moi courir, Romain!  C'est le seul moyen de séduire une indépendante coriace comme moi.  Il faut jouer la carte de l'indépendance à ton tour.  Montre-moi que tu peux prendre tes propres décisions sans te soucier de ce que, moi, je fais.  Fais ce que tu as à faire et fais-moi courir!

 

Je marche ainsi jusqu'à Miraz en espérant que Romain n`y soit plus.  En arrivant à Miraz, je rencontre un groupe d'Espagnols qui dorment dans les mêmes auberges que nous depuis plusieurs jours.  Je m'informe timidement.  L'auberge ouvre seulement à 14h30.  Personne n'a vu Romain.  Je souris intérieurement.  J'ai si hâte de reprendre la route que j'oublie de demander quelle heure il est.  J'ai laissé mon téléphone au Québec et, depuis, je voyage sans temps.

 

SANY0195.JPGAu sortir du village, je prends une autre pause "Grand diner".  Je ne désire pas rattraper Romain tout de suite.  En attendant, je savoure ma liberté, marcher à mon rythme, prendre des pauses quand j'en ai envie.  Je ne souffre pas de solitude.  Sur la route, je me fais quelques ami(e)s..     

 

 

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L'après-midi se continue avec encore quelques petites pauses.  Puis, à un certain moment donné, je commence un peu à me fatiguer.  Mes pieds deviennent deux petits enfants qui commencent à me poser toujours la même question:  "Quand est-ce qu'on arrive?"

 

Je regarde le soleil qui tombe dangereusement sur l'horizon.  Je m'informe de la distance qui me sépare encore de mon but.  9 kilomètres.  Je me doute bien (mais ça, je le sais déjà depuis le matin et même avant) que je ne serai pas arrivée avant la tombée de la nuit.  Je demande à mes jambes de se taire et de marcher.. un peu plus vite, histoire de profiter de toutes les minutes de clarté qui sont à notre disposition.  Je ne suis pas sans savoir que les choses seront drôlement plus compliquées quand il fera noir, mais j'avoue que j'aime bien la situation.

 

Je continue à marcher et à regarder le soleil qui plonge et rougit.  À 8km, un homme conseille à un autre couple de pèlerins qui me suit de près de prendre une chambre dans le prochain village.  Je pense qu'ils écouteront ce conseil.  Pour ma part, on ne me conseille rien parce que, de toute façon, je n'en fais qu'à ma tête.

 

Au village, je peux voir le ciel rouge de feu.  S'il n'y avait pas tant d'arbres, je pourrai assister à un magnifique coucher de soleil.  Je demande à une vieille dame combien de km?  Trois me répond-elle.  Elle est dans les patates et je le sais bien.  Je n'ai fais qu'un seul km depuis le dernier homme qui parlait de 8.  N'empêche!  J'aime bien sa réponse.  Elle me fait mieux endurer la douleur et la fatique.

 

SANY0215-copie-1.JPGJe crois que je suis en banlieue et que je vais marcher sur le trottoir tout le temps.  Je me suis mise le doigt dans l'oeil. 

 

La route m'amène dans un sentier en pleine forêt.  J'aurai presque 3km à faire dans un sentier qui s'assombrit de minutes en minutes. 

 

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Autour de moi, les petits animaux se sauvent à mon arrivée.  Je ne les vois pas, mais je les entends.  Les chauves-souris sortent entre les arbres.  J'esquive.   À gauche.  À droite.  Mais non, c'est une blague!  J'ai déjà fait ça, mais c'était une autre aventure sur une piste cyclable à Waterloo en 2004, où là aussi, j'étais rentrée un peu plus tard que prévu.  Ce soir, les chauves-souris passent un peu plus loin de moi, mais ça me rappelle cette sortie mémorable à Waterloo.

 

J'ai l'air stressée comme ça, mais si vous saviez à quel point je m'amuse!

 

Je croise une ferme avec des chiens qui jappent.  Tout doux!  Ce sont des p'tits chiens peureux.  Je les regarde droit dans les yeux et ils évitent mon regard.  Je passe mon chemin.

 

Les sentiers sont maintenant totalement noirs.  Je marche plus lentement et j'essaie d'être très attentive aux intersections et, surtout, aux indications.   La seule lumière que je possède est le "flash" de ma caméra.  En cas de doute, je prends une photo et je la regarde pour voir si il y a une flèche.

 

J'aboutis finalement sur une route.  Merde.  J'pense que j'aimais mieux la forêt. 

 

Finalement, ça va bien.  La route n'est pas trop passante.  Quand une auto arrive, je me range dans le fossé.  Elles semblent me voir de toute façon.  De plus, il y a moins d'arbres et je peux bénéficier de la Pleine Lune pour voir les flèches.

 

Je passe devant une maison et j'entends la porte ouvrir.  Je m'informe.  Encore 2 km.  Et voilà mes pieds qui recommencent:  "Quand est-ce qu'on arrive?"  Aaahhhh...

 

"41 kilomètres à pied, ça use, ça use..."

 

Finalement, j'arrive en ville.  Une autre légère inquiétude commence à pointer dans ma tête, mais c'est juste une vague idée.  Je ne crois pas que ce soit un réel problème.  Les auberges ferment généralement à 22h00.  Quelle heure peut-il bien être?  J'estime 9 ou 9h30.  J'ai encore le temps.  Bientôt, c'est la cloche de l'église qui répond à ma question.  Je compte les coups.  neuf.  21h00.  Je suis presque là.  Tout va bien. 

 

Aucune flèche dans la ville.  J'entre dans un café et je m'informe.  C'est plein d'hommes au bar et qui jouent aux tables.  Ça ressemble à une taverne.  On me montre la direction, on me parle d'une "plaza".  J'arrive à la "plaza" mais ne vois pas d'auberge, ni de flèches.  J'entre dans un autre café et redemande.  Il y a des télévisions partout, c'est bruyant.  On dirait une Cage aux Sports.  J'ai hâte de sortir.  On me montre l'autre côté de la rue.  Je traverse la rue, mais ne vois pas d'auberge, ni de flèches.  J'ouvre la porte d'un autre café pour demander encore.

 

Là, je suis accueillie par un agréable éclat de surprise!  

 

"Marie!, Mais qu'est-ce que tu fais là?"

 

"Romain!,  Comment ça va?  A'est où l'os** d'auberge?"

 

Oui, je sais, j'ai parlé un peu Québécois, mais Romain, il commence à s'habituer tranquillement pas vite.

 

L'horloge sur le mur montre 21h05.

 

J'entre avec mon "back-sack" et mes bottes de randonnées. 

J'ai le sourire fendu jusqu'aux oreilles.  Je suis encore sous l'adrénaline. 

 

Il a choisi le plus beau café, le plus tranquille, décor en bois avec une touche de bleu, chaleureux et confortable.  Devant lui, un très élégant verre de vin rouge.  Je lui tape un clin d'oeil et lui pique une gorgée.  Il me regarde amusé.

 

À pis d'la marde!  Je "garoche" mon "back-sack" dans un coin et je m'en commande un aussi.  De toute façon, j'ai trouvé mon guide et l'auberge ferme à 10h et est juste à côté. 

 

On en a des choses à se raconter.  Normal.  On a tout les deux fait le même chemin, mais chacun à sa façon. 

 

Il est arrivé à 17h00, n'a presque pas pris de pauses, à peine une demi-heure pour manger.  Il a tout fait d'une traite.  Il voulait voir comment son corps tiendrait le coup à un exercice continu.  Il a fait du 5km à l'heure environ.

 

On revient un peu sur ce qui s'est passé ce matin.  Je m'excuse, je ne sais pas vraiment pourquoi j'ai pogné les nerfs.  Pas grave, c'était bien mieux comme ça.  Ça lui a permis de vivre son chemin à sa manière.. et moi, à la mienne.

 

Quand on se relève pour aller à l'auberge, je suis incapable de marcher correctement.  Mes pieds ont eu le temps de s'endormir en dessous de la table.  Ça prend un p'tit bout de temps pour les réveiller.  Ma fierté l'emporte, je dis à Romain:  "J'te jure que je ne marchais pas comme ça quand je suis arrivée."

 

 

À l'auberge, il y en a qui applaudissent en me voyant.  C'est vrai que ça fait bizzare de voir une pèlerine arriver en pleine noirceur.  Je me souviens que c'est comme ça que j'ai vu Mia pour la première fois.  Elle était arrivée à Güemes à 21h00 elle aussi.  Aussitôt arrivée, on lui avait mis un bol de soupe devant elle.   Chanceuse!

 

 

Le moine qui nous sert d'hospitalero me regarde arriver d'un air perplexe.  Je me sens obligée de dire quelque chose.  "Soy una peregrina.  Quiero aqui dormir."  (Je suis une pèlerine.  Je veux ici dormir.)  Je ne sais pas pourquoi j'ai parlé à l'envers.  J'ai mis les mots dans l'ordre allemand. 

 

Il me demande pourquoi j'arrive si tard.  "Muchas pausas!" dis-je pour ma défense.  Je n'ai aucune idée comment dire le mot "pause" en espagnol, mais il doit avoir compris, il ne me demande rien de plus, que mon crédential et 5 euros.

 

 

Enfin arrivée!  J'ai bien gagné mon dodo pour cette nuit.

 

 

 

 

 

Par MFranceFa9 - Publié dans : hors des sentiers battus - Communauté : Blogueurs du Québec
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C'est moi! Ich bin's!

  • Petite Marie de par le vaste Monde
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Bonjour.

Je m'appelle Marie-France.   Je suis professeur de francisation, éternelle vagabonde, grande amoureuse de la Nature et des voyages.  J'aime sortir des sentiers battus et j'ai une façon assez spéciale d'explorer le monde.  

Je vous propose de visionner mon "roadtrip" en Côte-Nord/Gaspésie et de marcher avec moi sur le Chemin de Compostelle.  Ce sont des voyages extraordinaires que j'ai fait.  J'en ai fait d'autres et j'en ferai d'autres.  Je pars sous peu en Chine enseigner le français à des futurs immigrants québécois.  Je risque d'avoir des choses à dire.  ;-)

 Bonne visite et.. à bientôt.
..MFrance

Grüssgott.

Ich heisse Marie-France.  Ich bin Sprachlehrerin von Quebec, Kanada.  Ich lade Sie ein, um meinen Abenteuer in "Keine da" zu anschauen.  Es ist eine Reise, dass ich in meine eigenen Land in August 2009 gemacht habe,und ich bin wirklich gegangen, wo es keine da bist.    ;-)

 

Ich wünsche Sie einen guten Besuch.

Bis bald.

..MFrance

Hola.

Soy Marie-France de Canada.  Soy profesora de Idioma y me gusta viajar.  Puede usted mirar un viajo que hice in Agosto 2009 in mi pais.  Despuès he hecho el Camino de Santiago (Camino del Norte) y ahora estoy haciendo la vuelta del España y estoy aprendando el español tambien.

 

Buen visita.

..MFrance

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faire l'école buissonnière..

C'est s'engager, un bon matin (comme à tous les matins) sur le chemin de l'école et décider soudainement de ne pas y aller.. de tout simplement changer de cap..  juste pour voir où la vie nous mène.

 

   ... bonne école buissonnière à tous!

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