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Je suis bien contente de reprendre la route avec Romain. Il est un bon compagnon de voyage. Il sait se taire et respecter le silence. Quand il parle, c'est qu'il a quelque chose d'intéressant et intelligent à dire. C'est quelqu'un à qui je fais confiance et il y a une bonne énergie qui circule entre nous. Je l'aime bien.
Parfois, sur le chemin, il me vient en tête la même petite "toune" que j'avais souvent dans la tête quand j'étais en Italie en 2004. C'était une de mes émissions préférées quand j'étais petite et je trouve que la "toune" me va tellement bien..
"Il est une voix qui m'appelle et m'attire..
Au fil des routes, je l'écoute et la suit..
Quand je m'arrête, c'est pour me faire des amis..
J'peux pas rester, l'temps d'un sourire, il faut partir..
Il s'peut qu'un beau jour, je me repose enfin..
Jusqu'à ce jour, je poursuis mon parcours..
Mais d'ici là, le monde est mon chez-moi.."
- chanson-thème du Vagabond.
Je sais que j'ai un peu réinventé la fin, dans ma tête, la dernière ligne répète le même air que l'avant-dernière. Mais pour les fidèles et les nostalgiques, voici la version originale ...
La route nous amène tout près de la mer. On en profite à pleine planche parce qu'on sait que ça va bientôt se terminer. Après Ribadéo, le chemin quite la côte définitivement et coupe dans les terres. Je la reverrai à Finisterre. Le voyage de Romain est supposé se terminer le 26 octobre à Compostelle. Là, il doit prendre un avion. Le lendemain, il travaille.
.. Moi pas romantique!
En attendant, on se fait un pique-nique dans
un endroit paradisiaque le long de la côte. Romain me taquine. Il dit que c'est très romantique. Jamais de la vie. J'adore la Nature et les beaux paysages.
J'aime y être seule ou en bonne compagnie. Ça n'a rien à voir avec le romantisme. C'est la Nature!
On profite de toutes les plages qu'on voit. Même si l'eau devient un peu froide, on se trempe les pieds un peu. Ça rafraîchit les p'tits pieds endoloris et ça fait du bien!
En croisant Mia sur la route, elle me dit qu'elle se sent "full" énergie et qu'elle pense se rendre à Ribadéo ce soir. Je l'en crois capable. Je vais bien m'ennuyer de ce p'tit bout de femme plus petite que moi et dont le dos a un peu pris la forme de son sac à dos avec le temps. Elle a fait le "Camino" trois fois, dont la première fois en 2002, à partir de chez elle en Belgique. Elle avait été, cette fois-là, plus de 3 mois sur le chemin.
15 oct: de Tapia à Ribadéo, 13km
Derrière journée sur la côte, on se fait
un "p'tit dej" sur la plage. Une bonne beurrée de miel.
Aujourd'hui, seulement 13km. C'est presqu'une journée de congé. On arrive en début d'après-midi et on va manger.
Moi, je cherche désespérément Internet. Si j'ai pris du retard dans mon blog, ce n'est pas par paresse, mais bien parce que les occasions ont manqué. Mais ici, c'est la ville et je devrais trouvé un café Internet. Finalement, je trouve en soirée, mais demain, c'est la fête à ma soeur et j'ai plein de choses à lui dire. C'est elle qui aura tout mon précieux temps Internet, cette soirée-là. Ma soif de raconter reste inasouvie. J'ai plein de choses à dire et dans les jours qui suivent, Internet deviendra pour moi une priorité.
Tant qu'à Romain, il décide de prolonger ses vacances de 3 jours. Avec la fin de semaine et un jour férié, ça lui donnerait jusqu'au 31 pour prendre le temps d'aller jusqu'à Finisterre.
On passe une belle journée ensemble. Il semble comprendre mon besoin d'indépendance. Avant de revenir à l'auberge, je lui dis gentiment: "Il se peut que je change d'idée, mais demain, je crois bien que j'aimerais marcher seule."
16 oct: de Ribadéo à Villanova, 29km, 300m d'altitude
À Ribadéo, il s'est passé une chose formidable: nous avons changé de province. Jusqu'à date, j'ai traversé trois provinces espagnoles: Les Pays Basques, la Cantabrie et l'Asturie. En moyenne, deux semaines dans chacune. L'Asturie, ça, c'est la planète où vivent les Asturiens. lol. Maintenant, on entre dans la Galacie et c'est comme si on venait de changer de Galaxie.
Dans les Pays Basques et en Cantabrie, c'était très bien. Mais, l'Asturie a été la pire province pour les pauvres pèlerins que nous sommes. Les sentiers ne sont pas entretenues, les auberges ont l'air de sous à cochons et le chemin n'est pas à moitié balisé.
En Galacie, c'est tout le contraire. On revient dans un monde où les pèlerins sont respectés et apprécíés. On en avait perdu l'habitude.
On quitte l'auberge et on va prendre un café ensemble. On part en même temps et on laisse tout doucement le chemin nous séparer.
Aujourd'hui, il existe plusieurs possibilités. Une auberge à 8km, une à 22km et l'autre à 29km.
À 8, on oublie ça, c'est beaucoup trop près.
Moi, j'aimerais bien aller à 22. Romain, qui n'a pas encore réservé son avion, ni parler avec son patron, voudrait courir encore un peu, juste au cas.
Alors, je vais mon chemin en me demandant si je vais revoir Romain. Outre Romain, il y a tout plein d'autres facteurs qui influencent ma décision. Internet en est un important. L'auberge à 22km est au milieu de la campagne. Les deux suivantes sont en ville. Comme j'aime équilibré mes distances, mon idée, c'est dormir à 22km, ce soir et en parcourir 16, le lendemain pour avoir accès à Internet.
À 21km, je me trouve déjà passablement fatiguée et je me dis que j'aimerais bien rester à la prochaine auberge. Romain est devant moi (je crois) et je me demande ce qu'il a décidé. Est-ce que je resterai quand même s'il n'y est pas?
J'arrive à l'auberge au même moment où Romain qui venait d'y faire une pause est en train d'en repartir. En me voyant, il s'exclame: "Content de te revoir!". "Moi aussi!"
Je prends une pause aussi. Il s'assoit encore un peu. Il repart, il a pris sa décision. Je tourne en rond dans ma tête et puis me décide. Allez Hop! On repart pour un autre 8 kilomètres.
On passe une belle soirée ensemble. On trouve Internet, mais je n'y passerai pas de temps. Tout juste pour montrer à Romain mon fameux montage-photos "road-trip Côte-Nord-Gaspésie". Il me dit: "Mais qu'est-ce que tu fais ici? C'est 100 fois plus beau là-bas!" Il
a raison. Je ne suis pas ici pour les paysages. Le Québec est 1000 fois plus beau que l'Espagne. Je suis ici pour vivre des affaires.. pour aller au bout de moi-même.
17 oct: de Villanova à Mondoñedo, 8km
Arrivés à Mondoñedo, après seulement 8km, c'est psychologique, on est tous les deux suffisamment fatigués. On en a fait assez dans notre journée. Il y a une fête en ville, avec un marché et tout. C'est agréable. On se dit, ici, il y a de quoi se désennuyer toute la journée. Il y a aussi Internet, mais comme c'est dimanche, ça ouvre seulement en soirée. Je commence à réécrire un peu sur mon blog. Le reste de la journée se passe agréablement.
18 oct: de Mondoñedo à Gontàn, 18 km
Romain règle ses affaires avec son patron et son avion. On arrive tôt à Gontàn, et là, c'est la crême des auberges. Tout est neuf et propre. Dans la chambre, il y a un balcon ensoleillé et très peu de pèlerins. On est presque seul. Malgré le peu de km qu'on a fait dans les quelques derniers jours, c'est la première journée qui ressemble vraiment à une journée de vacances.
Arrive le soir et on va prendre un verre ensemble. Le temps est aux confidences, que dis-je? révélations et déclarations! Jusqu'ici, j'avais cru que les sentiments de Romain se situaient sous la ceinture. Je suis surprise de le voir m'ouvrir tout grand son coeur. Surprise, oui, mais, pour une fois, je n'ai pas peur. Je garde mon calme.
Je me rends compte qu'il est beaucoup plus amoureux que je ne le suis. Il se fabrique des rêves où je vis avec lui au Luxembourg, mais il est totalement conscient que ce ne sont que des rêves. Il se bat avec ses sentiments.
Pour ma part, je crois bien que je commence à apprendre un peu plus ce que c'est que l'humilité. Je ne suis pas amoureuse et, je sais que tout cela sera terminé à la fin du chemin, mais je me sens prête à poursuivre et terminer ce chemin avec lui. Pour moi, c'est déjà beaucoup!
À l'auberge, juste avant que je grimpe dans mon lit, il me vole (oui, piquer, c'est voler!) un baiser.
Ah, ça, c'est pas juste!
Je m'endors en me demandant qu'est-ce qui se passerait si, d'ici la fin du voyage, nous nous retrouverions tous les deux tout seuls dans une autre pension comme le tout premier soir. Ce pourrait être un jeu dangereux. Je pourrais bien lui briser le coeur. Mais si ça arrivait ce soir, je crois bien que je serait totalement incapable de résister.
19 oct: de Gontàn à Villabia, 22km
Je commence à peine à ressentir l'automne sur ma peau. Je m'en rends compte depuis quelques jours.. je garde mon chandail de laine plus longtemps, parfois toute la journée, et le soir j'ajoute mon poncho. Ici les arbres restent verts, mais les nuits deviennent tranquillement un peu froides.
"Chu-tu vraiment obligée de prendre un bain? J'en ai pris un hier."
.. des kilomètres à venir...
Dans quelques jours s'approche une étape décisive dont on commence déjà à parler. Deux choix s'offrent à nous: une auberge à 41km, mais possibilité de couper l'étape en deux puisqu'il existe une auberge à 16km (Miraz). Ce qui ferait une journée de 16 et une autre de 25km.
Le kilométrage idéal se situe aux alentours de 22 à 25 km. Ça nous permet d'arriver à l'auberge en milieu d'après-midi avec encore assez de temps et d'énergie pour aller voir la ville, souper et se divertir.
Avant, j'avais peur de passer la barre des 30km, mais depuis Piñera, je sais que mon corps est désormais entraîné et totalement capable de le faire. Ma nouvelle limite se situe donc à 40km. Cette étape de 41km est donc non seulement envisageable, mais elle représente aussi un défi que j'aimerais bien relever.
D'un autre côté, j'aime bien les petites étapes et prendre le temps de visiter les villes et les endroits où je passe.
Pour terminer, il existe une multitude de facteurs inconnus. Entre autre, la température et la fatique. Bien sûr, s'il pleut, c'est moins génial de faire 41km.
Comme je déteste planifier à l'avance, je rumine les pours et les contres et les points d'interrogation dans ma tête et je laisse le moment ultime quand je serai à Miraz pour prendre ma décision.
.. au sujet du Pardon ...
Ici, je trouve enfin une connexion Internet acceptable. Ça fait longtemps que j'attends ça et Romain le sait. Je compte passer plusieurs heures sur Internet pour rattraper quelques jours de retard au moins. Je me demande bien ce que Romain va faire pendant ce temps. Je sais qu'il a besoin d'Internet pour imprimer son nouveau billet d'avion, mais ça ne prend pas plus de 15min.
On se prend chacun un poste. Je me mets à écrire comme une pieuvre. Romain vaque. L'Internet, ce n'est pas son fort, il n'a rien à y faire. Mais ce dont j'avais si peur prend forme. Il reste là. Il s'emmerde devant son poste et, en plus, il paye.. le compteur tourne. Après une heure ou deux, il me demande quand j'aurai finalement terminé. Je lui dis que je suis loin d'avoir terminé. Je lui propose d'aller faire un tour et de revenir dans une heure ou deux. Plus tard, on ira souper ensemble. Il fait la baboune et dit qu'il retourne à l'auberge (à deux km). Il ne reviendra pas, c'est trop loin.
Bon! Comme il veut. J'ai rien contre. Je termine plusieurs articles et vers 21h00 (après 4h00 d'Internet), je reviens à l'auberge. En passant devant le bar, près de l'auberge, j'espère l'y retrouver. En temps normal, il y serait en train de se divertir comme un grand. Mais non! Je le retrouve au lit, les lumières allumées parce que cette stupide auberge ne nous laisse pas contrôler nous-même notre éclairage. Les lumières se fermeront d'elles-mêmes à 22h00. En attendant, je le sens bouder. Je prends place dans mon propre lit et j'attends aussi la fermeture des cr*** de lumières.
Je me demande si ce n'est pas moi qui fait apparaître ces comportements autour de moi. J'anticipe tellement la dépendance affective autour de moi qu'elle prend forme. Ce n'est pas Romain, le problème.
Je me demande maintenant si ce n'est pas à moi que j'ai quelque chose à pardonner plutôt qu'à Kayus* (voir "En quête d'Humilité" au sujet du Pardon ). Bordel! Ça semble encore plus difficile que ce ne l'était. Quand c'était à Kayus, au moins je savais de quoi il s'agissait.
Combien reste-il de temps d'ici à Compostelle? 4 ou 5
jours. Et encore trois autres jusqu'à Finisterre. Encore beaucoup de choses à réfléchir et à régler.
20 oct: de Villabia à Baamonde, 23 km
Au petit matin, on se sourit, on se réconcilie et on fait une belle randonnée. On passe la borne des 111,111 km qui reste jusqu'à Compostelle. On pourrait faire X2,5 et compter les pas.
"5 kilomètres à pied, ça use, ça use...
5 kilomètres à pied, ça use les souliers."
Auberge géniale, village génial. On se sent encore en journée de congé. On se trouve un joli restaurant où on passe presque tout l'après-midi. On mange de la "pulpo" (de la pieuvre) et on boit du vin. Je dois moi-même avouer que c'est très très très romantique.
On en vient même à se toucher les mains.. Woooooowww! Toute nouvelle marque d'affection depuis le temps qu'on voyage ensemble et qu'on dort dans les mêmes chambres. Ça fait peur!
* Kayus est le surnom que je donne affectueusement à mon ex-chum. Il avait un gros problème de dépendance affective dont il est question dans ce blog.
Je m'appelle Marie-France. Je suis professeur de francisation, éternelle vagabonde, grande amoureuse de la Nature et des voyages. J'aime sortir des sentiers battus et j'ai une
façon assez spéciale d'explorer le monde.
Je vous propose de visionner mon "roadtrip" en Côte-Nord/Gaspésie et de marcher avec moi sur le Chemin de Compostelle. Ce sont des voyages extraordinaires que j'ai fait.
J'en ai fait d'autres et j'en ferai d'autres. Je pars sous peu en Chine enseigner le français à des futurs immigrants québécois. Je risque d'avoir des choses à dire. ;-)
Bonne visite et.. à bientôt.
..MFrance
Ich heisse Marie-France. Ich bin Sprachlehrerin von Quebec, Kanada. Ich lade Sie ein, um meinen Abenteuer in "Keine da" zu anschauen. Es ist eine Reise, dass ich in meine eigenen Land in August 2009 gemacht habe,und ich bin wirklich gegangen, wo es keine da bist. ;-)
Ich wünsche Sie einen guten Besuch.
Bis bald.
..MFrance
Soy Marie-France de Canada. Soy profesora de Idioma y me gusta viajar. Puede usted mirar un viajo que hice in Agosto 2009 in mi pais. Despuès he hecho el Camino de Santiago (Camino del Norte) y ahora estoy haciendo la vuelta del España y estoy aprendando el español tambien.
Buen visita.
..MFrance
C'est s'engager, un bon matin (comme à tous les matins) sur le chemin de l'école et décider soudainement de ne pas y aller.. de tout simplement changer de cap.. juste pour voir où la vie nous mène.
... bonne école buissonnière à tous!
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