Partager l'article ! Prête, pas prête...: 23 oct: de Arzùa à Monto de Gozo, 34km .. petit matin brumeux .. & ...
23 oct: de Arzùa à Monto de Gozo, 34km
.. petit matin brumeux ..
Je me retrouve enfin seule sur le sentier en pleine
noirceur. C'est le matin, c'est l'éveil, c'est la sérénité, c'est les oiseaux qui chantent, c'est la douceur de la brume. Et c'est très très brumeux, ces temps-ci en Espagne.
Presque chaque matin, il y a une jolie brume qui nous enveloppe pendant plusieurs heures. Je suis presqu'absorbée par ce nuage moëlleux et confortable.
Il y a des pèlerins devant, des pèlerins derrière. Ça m'énerve. J'aimerais bien tous les semer et m'en débarrasser. On est beaucoup trop de monde sur le sentier.
La faim se fait bientôt sentir et je prends un sentier de côté pour échapper aux bavardages qui me suivent. Je me laisse guider par mon instinct et je m'enfonce dans une jungle épaisse, sur un tapis de ronces et d'épines. Je me rends compte que je me donne beaucoup de mal pour trouver un emplacement où je peux me retirer en toute tranquilité. Mais quand j'y arrive, je comprends bientôt pourquoi.
.. Une autoroute de pélerins..
De ma nouvelle cachette, je peux voir entre les branches passer le haut des têtes des pèlerins. D'ailleurs, j'y arrive juste à temps pour voir passer le crâne de Romain. Sans faire exprès, je viens de le semer. Il me croit devant et me voilà derrière.
En prenant mon déjeuner, j'ai tout un choc:
Je savais qu'il y avait beaucoup plus de pèlerins que d'habitude, mais là, j'assiste à une parade interminable de pèlerins. Ça n'en finit plus. De mon poste, je vois passer des bouts de têtes à travers les branches, mais j'entends surtout leurs bavardages et leur vacarme. Je les entends venir parfois à plusieurs mètres de distance. Jamais mon chemin n'a été aussi achalandé, ni aussi bruyant. J'attends que le "rush" passe un peu, mais c'est comme un gigantesque train du CN qui passe avec ses gros cr*** de wagons "laites". Ça n'en finit plus.
Je finis par essayer d'embarquer dans un wagon vide. Mais pas encore assez vide à mon goût. Je change et, de wagon en wagon, j'essaye tant bien que mal de me trouver un trou.
Je partage très mal mon chemin et je deviens rapidement d'une humeur massacrante.
Je décide de laisser encore un peu passer la foule en mangeant une nectarine. Je me retrouve incapable de pouvoir placer deux réflexions une à la suite de l'autre. Je suis constamment interrompue.
"Hola", et je réponds: "Hola"
"Buenos Diaz", "Buenos Diaz"
"Buen Provecho", "Gracias"
"Buen Camino", "Gracias"
Aaaaaahhh.. comment on dit "vos gueules" en espagnol, donc?
Hier, je partageais ma route avec une poignée de pèlerins (une dizaine au plus). Aujourd'hui, ils sont par miliers à m'emboiter le pas. Le décalage est énorme.
Je chemine le reste de la journée dans une énergie négative qui me hante et ne me laisse pas tranquille.
Puis arrive le moment fatidique où l'envie de pisser me pogne. Oui, mais comment faire parmi toute cette foule qui me poursuit. Pas moyen d'avoir un brin d'intimité par ici. Bon, je viens de comprendre pourquoi il y a maintenant des cafés à tous les 500m. Ce n'est pas seulement pour les cafés. Apparemment, les gens du Camino Francès font pipi dans les toilettes.
La faim me pogne aussi et je finis par trouver un joli petit parc pris en sandwich entre l'autoroute de pélerins et l'autoroute tout court. Je m'arrête et me fais un sandwich. Et je m'efforce surtout de faire la paix avec la foule. J'y arrive tant bien que mal et je profite d'une accalmie pour faire pipi à ma façon... entre deux buissons.
Je continue ma route..
.. retour en arrière ..
Je pense que j'ai été injuste avec Romain au
sujet des planifications. Il n'a toujours bien pas fait de réservations. On fait tous un peu de planification. En fait, il fait un peu la même chose que moi. Moi aussi, je
pense à ce que je veux faire. Je n'en parle pas, parce que je me laisse le droit de changer d'idée. Romain, lui, il en parle et il change d'idée pareil. Chacun sa façon de
faire.
Je pense que je suis aussi injuste quand je dis qu'il se laisse conduire. La vérité, c'est que je prends toujours les rennes. Je ne fais aucun compromis. Je fais exactement comme Katrin et je dis: "Moi, je fais ça. Moi, je vais là." Si toi, tu veux aller ailleurs, alors tant pis pour toi. Je veux être maître de mon Chemin, mais en vérité, j'aime bien parfois que quelqu'un m'y accompagne.
Toutes ces réflexions tournent dans ma tête, incluant mes histoires de pardon et d'humilité. Ça tourne trop vite.
Aux abord de la ville où j'ai "planifié" dormir ce soir, je "spotte" une grosse roche en retrait du sentier et je m'y assois. Je médite un peu et essaye tant bien que mal de faire la paix avec moi-même.
Sur le sentier, le brouhaha des groupes enthousiastes qui passent en jacassant finit par s'amenuiser un peu.
Quand je reprends mon chemin, je remarque que si je n'ai pas tout à fait réussi à faire la paix à l'intérieur de moi, j'ai enfin réussi à la faire autour de moi. Le gros "rush" est passé.
..Prête pas prête, il faut bien arriver un jour!
Je continue à marcher tranquillement. Le soleil s'est maintenant mis à briller, mais la brume est restée encrassée tout au fond de moi. Une petite pancarte me dit qu'il ne me reste plus que 500m. avant l'auberge promise. Derrière moi, à 50m., deux pèlerins retardataires.
Je pense.. "Demain, Compostelle! "
Pas déjà!
.. et je me mets à pleurer comme un bébé.
Je ne veux pas arriver. Je ne me sens pas prête!
Il me reste encore quelque chose à pardonner, et je n'ai pas encore trouver quoi, ni à qui.
Je voudrais pouvoir tout reprendre depuis Irùn, tout recommencer
depuis le début.
Marcher encore pendant un autre mois et demi. Gagner du temps avant Compostelle.
Surtout ne pas me faire surprendre avec des larmes plein les joues. Surtout qu'ils ne m'entendent pas sangloter. Je me retourne constamment pour surveiller les pèlerins derrière moi. Je marche pour calmer le volcan en moi. Je ne suis pas certaine de vouloir revoir Romain ce soir. Je ne suis pas certaine de vouloir voir aucun autre pèlerin.
Et si je me prenais une pension pour ce soir? Pour moi toute seule? Ça me ferait du bien.
Comme chaque fois que je dois prendre une décision difficile, je me dis que mon instinct sait mieux que moi ce que je dois faire. Et je le laisse me dicter là où je dois coucher. Je me dis que quand je verrai l'auberge qui est la meilleure solution, je le saurai à l'intérieur de moi et je la choisirai.
Je suis les flèches qui m'amènent en banlieue de la ville et me replonge presqu'aussitôt sur un sentier. Je finis par me calmer de plus en plus. D'ailleurs, autour de moi, tout est devenu vraiment très très calme. Plus de pèlerins à l'horizon. Je marche encore un peu, puis après quelques minutes, je me dis que ça fait déjà longtemps que je marche depuis l'annonce des 500 m... 500 m., ça prend même pas 10 minutes à parcourir .. il y a au moins une demi-heure de ça...
J'ai pourtant suivi les flèches!
.. Oupss, passée "drett" ..
Ah! Je me frappe dans le front! J'ai suivi les flèches, pauvre idiote! Mais les flèches vont jusqu'à Santiago, et même jusqu'à Finisterre. On peut marcher longtemps sans dormir si on ne fait que suivre les flèches.
J'ai passé tout droit sur mon hébergement. Ça explique pourquoi tout est devenu soudainement si calme. Les autres pèlerins sont tous allés se coucher. lol.
Peu importe. Je ne retourne pas sur mes pas. Il y a des hébergements partout et de toute façon, je voulais une pension. Je dormirai dans le prochain village.. quand je verrai l'hébergement qui me convient, que mon instinct reconnait comme étant le mien.
Je marche, je marche et traverse les villages, passent devant des pensions et ne m'arrête nulle part encore.
Encore 6 km avant Compostelle, je vois un hôtel bon chic, bon genre et je m'informe. Quand elle dit "Sessenta" (60 euros), j'ai failli sortir en courant. En budget de pèlerins, ça correspond à au moins 10 ou 12 nuitée. Moi, je n'ai pas de restrictions de temps comme la plupart des autres pèlerins. Moi, j'ai des restrictions budgétaires. Tant et aussi longtemps que j'ai de l'argent, je peux voyager. Quand j'en aurai plus (ou presque), je me trouverai du travail.
Je vois l'Albergue de Monte de Gozo, mais j'essaie de l'ignorer. J'avais dit que je ferais confiance en mon instinct, mais je voulais dormir tranquille, ce soir. Et l'instinct, c'est comme un petit signal très faible, c'est facile de se demander.. "mmmhhh, c'est-tu vraiment ça?"
Je passe mon chemin, mais quand quelque chose est fait pour moi, il me rattrappe. Il y a une deuxième entrée et, là, je n'ai pas le choix d'abdiquer. Pèlerine, je suis et pèlerine, je reste. Et je dormirai comme une pèlerine ce soir.
À Monte de Gozo, c'est une trentaine de bâtiments, divisés en un vingtaine de chambres contenant 8 lits chacunes.
30 X 20 X 8, combien ça fait? Avec les restaurants, cafétérias, buanderie et tout, c'est tout un village de pèlerins de passage qui s'installent là jours après jours.
Je m'appelle Marie-France. Je suis professeur de francisation, éternelle vagabonde, grande amoureuse de la Nature et des voyages. J'aime sortir des sentiers battus et j'ai une
façon assez spéciale d'explorer le monde.
Je vous propose de visionner mon "roadtrip" en Côte-Nord/Gaspésie et de marcher avec moi sur le Chemin de Compostelle. Ce sont des voyages extraordinaires que j'ai fait.
J'en ai fait d'autres et j'en ferai d'autres. Je pars sous peu en Chine enseigner le français à des futurs immigrants québécois. Je risque d'avoir des choses à dire. ;-)
Bonne visite et.. à bientôt.
..MFrance
Ich heisse Marie-France. Ich bin Sprachlehrerin von Quebec, Kanada. Ich lade Sie ein, um meinen Abenteuer in "Keine da" zu anschauen. Es ist eine Reise, dass ich in meine eigenen Land in August 2009 gemacht habe,und ich bin wirklich gegangen, wo es keine da bist. ;-)
Ich wünsche Sie einen guten Besuch.
Bis bald.
..MFrance
Soy Marie-France de Canada. Soy profesora de Idioma y me gusta viajar. Puede usted mirar un viajo que hice in Agosto 2009 in mi pais. Despuès he hecho el Camino de Santiago (Camino del Norte) y ahora estoy haciendo la vuelta del España y estoy aprendando el español tambien.
Buen visita.
..MFrance
C'est s'engager, un bon matin (comme à tous les matins) sur le chemin de l'école et décider soudainement de ne pas y aller.. de tout simplement changer de cap.. juste pour voir où la vie nous mène.
... bonne école buissonnière à tous!
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